A l'ombre des arbres, un déjeuner sur l'herbe. Une famille profitait de ce beau dimanche ensoleillé pour pique-niquer. On se trouvait sur le Mont-Gargan. Il y avait quelques marches pour arriver jusqu'au panorama de la côte Sainte-Catherine – oh ! pas plus de 525 ! - mais l'effort était récompensé car l'on échappait à la ville. On se retrouvait comme en pleine campagne. Le bruit des voitures était étouffé, on n'entendait plus que le bourdonnement des insectes et le vent dans les feuilles. Quel bel après-midi... La tranquillité toute trouvée. Après un bon repas sur la couverture à carreaux, l'on remonterait sans doute encore un peu pour redécouvrir la ville, le Mont offrait un magnifique point de vue de Rouen. Une ville que l'on ne quittait pas vraiment. Juste sous nos yeux, elle s'étendait à perte de vue. On pouvait l'admirer. Une ballade dans les petits sentiers achèveraient l'excursion.
Ils se suivaient, dans le silence. Écoutant la nature, ils prenaient le temps. Celui qui leur manquait dans la vie hyperactive qu'ils menaient. Chaque moment était une contemplation, celui des papillons virevoltant au milieu des graminées. Du mauve, du jaune, du blanc paraient la clairière verdoyante en ce début d'été d'une majestueuse lumière. Puis on s'offrait un moment de détente, un petit coin ombragé avait trouvé acquéreur. Preneur de temps, celui qui passe et qui nous laisse des traces. Bribes de souvenirs : d'autres chemins, d'autres vies.
Un quad passa par là, ils avaient presque oublié l'effervescence de la ville. Ces bruits de moteurs et cette course après le temps. Ils repartirent rapidement dans ce monde que leur offrait la nature. Ils étaient venus pour cela.
Il fallu redescendre. A nouveau le panorama, et une phrase comme un chant : « Oublier la ville, oublier le bruit : j'avais tout oublié... » Malgré la vue magnifique de leur ville, celle dont ils avaient pris possession. Ils ne purent s'empêcher d'avoir un pincement. Derrière eux, la nature.
Ils poursuivirent un peu, pour ne pas regretter...
Après s'être désaltérée, elle se posa dans l'herbe, face à la broussaille. Ces branchages entremêlés barraient toute vue de la ville. Seul le soleil perçait et illuminait le haut des feuilles. L'ombre et la lumière, comme deux jumelles, ne se quittaient pas. Au loin, l'effervescence de la ville... mais avant tout le bruissement des feuilles. Ce doux son que l'on percevait. Infiniment beau.
Elle n'avait pas besoin de la voir, elle se l'imaginait bien. La Seine était en contrebas et des ponts permettaient de relier les deux rives. Il y avait celui du chemin de fer qui nous rappelait ses anciens ponts, le pont Boieldieu que Camille Pissaro avait peint et bien plus loin le pont Flaubert, qui construit récemment surplombait la seine de toute sa hauteur. Mais rien n'égalait la cathédrale. Au milieu de cette ville, elle en imposait. Et dans le jeu des couleurs, elle avait la part belle. Malgré l'orange du pont Boieldieu dont la structure effectué dans le cadre de Rouen Impressionné serait éphémère, elle donnait une touche de vert parmi les gris des toits. Visible, elle l'était avec sa flèche culminant à 151 mètres de hauteur.
La promenade finie, la famille remonta lentement jusqu'au point de vue, repris sa voiture qui les conduiraient dans la masse et ils décidèrent de poursuivre le voyage. Car l'envie irrépressible de revoir les toiles de ces peintres qui avaient, par leur temps, eux mêmes immortalisé l'instant se fit si intense qu'ils continuèrent, l'instant d'un week-end, de prendre le temps en se dirigeant, simplement, à l'exposition impressionniste. Par un bel après midi, sous un ciel bleu et quelques nuages cotonneux, ils avaient vu leur ville autrement, ils avaient pris le temps de voir.
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